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Article Les Temps 04/11/2011

 

L’avenir des guerres et paix en débat dans la cité de Calvin

A l’initiative de l’Institut International de Recherches pour la Paix à Genève (GIPRI) et avec le soutien financier du Département fédéral de la Défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), une vingtaine de polémologues (chercheurs sur la guerre) et d’irénologues (chercheurs sur et pour la paix) venant de Strasbourg, Paris …., dont …se sont retrouvés  à Genève, les 6 et 7 octobre 2011, au siège du Geneva Center for Security Policy.
Pour Myriam Klinger et Pascal Hintermeyer de l’institut de polémologie et l’université de Strasbourg, pour les experts de médiologie comme François-Bernard Huyghe à Paris, pour Mondher Kilani du département de sociologie et d’anthropologie de l’université de Lausanne, pour Tristan Landry à l’université de Sherbrooke et pour le Centre Interdisciplinaire de Recherche sur la Paix et d’Etudes Stratégiques (CIRPES) autour d’Alain Joxe à Paris, la polémologie est à repenser. Jacques Dubochet, professeur émérite de l’université de Lausanne, a proposé des apports de la génétique aux explications de comportement agressifs ou coopératifs. Photographe reporter, Matthias Bruggman a montré des faces cachées des conflits armées. Ben Cramer a évoqué la relation entre éco-politique et sécurité. Hacène Belmessous s’est interrogé sur la problématique de la guerre urbaine dans les banlieues françaises. Les recherches sur la guerre et la paix sont appelées à se faire entendre. Au regard des nouvelles conflictualités, les experts ont estimé que «Les facteurs belligènes sont à revoir ; pour penser la paix, tout est à reconfigurer » comme l’explique Gabriel Galice, le vice-président du GIPRI.
En effet, à l’heure où les marchés financiers mettent en péril les acquis démocratiques, les experts en appellent à une nouvelle réflexion sur ces enjeux de guerre et de paix. Polémologues et irénologues, parfois écartés des radars médiatiques au profit des géostratèges, sont appelés à jouer un rôle nouveau, constituer un nouveau ‘think tank’. Au-delà de leurs inquiétudes concernant l’extension du territoire ‘guerre’, l’effet pervers du concept d’ingérence humanitaire, le brouillage entre l’armée et la police, ils s’accordent pour dire qu’ils peuvent mettre leur réflexion au service des politiques. Les travaux feront l’objet d’une publication dans un Cahier du GIPRI. Les participants ont décidé de se revoir.

 

Article Tribune de Genève 31/11/2011

 

L'Europe a le devoir de défendre la révolution populaire tunisienne

Le 14 janvier 2011, le peuple tunisien a eu raison pacifiquement d’une dictature qui durait depuis 23 ans. Hors de toute emprise idéologique ou religieuse, les Tunisiennes et les Tunisiens ont assumé leur destinée. Dans le cadre de la «Révolution du jasmin», ils ont témoigné de leur détermination pour la liberté et la dignité. Ils se sont montrés responsables vis-à-vis de la sécurité des citoyens et de la préservation des biens privés et publics. Avec l’appui d’une armée qui a fraternisé avec eux, ils ont su
maîtriser la situation et s’organiser en comités d’autodéfense contre les exactions des miliciens et de la police secrète de l’ancien régime. Ils ont su également faire face avec discipline aux privations qui ont immédiatement suivi les événements. Ce peuple, mûr, intègre, travailleur et optimiste sait qu’il peut compter sur ses forces vives, sur ses femmes et ses hommes, sur ses jeunes et ses vieux, sur son administration et ses institutions publiques.

Le suicide par le feu du jeune Mohamed Bouazizi, marchand ambulant et universitaire au chômage, témoigne du fort sentiment pour la justice, l’égalité et la liberté qui habite les Tunisiens. Ce suicide a la même puissance symbolique que celui de Jan Palach, l’étudiant tchécoslovaque qui s’est immolé le 16 janvier 1969 pour protester contre l’invasion de son pays par les Soviétiques venus réprimer le Printemps de Prague. Sans bombe ni kalachnikov entre les mains, tous deux ont préféré retourner la violence contre eux-mêmes et mourir pour leur idéal. Rappelons ici que les mouvements de dissidence qu’ont connus l’ensemble des pays de l’Europe de l’Est, enfermés pendant des décennies derrière le rideau de fer, ont très fortement mobilisé la conscience européenne. Des soutiens intellectuels, politiques, économiques et financiers ont été mis sur pied pour accompagner le chemin de ces peuples vers la réalisation de la liberté et de la démocratie. C’est à l’honneur de l’Europe occidentale d’avoir choisi résolument cette voie qui a abouti, en à peine quelques années après la chute du mur de Berlin, à l’élargissement et à l’approfondissement de l’espace européen.

Pourquoi cela ne serait-il pas aussi le cas avec la Tunisie? Pourquoi un même soutien, clair, fort et résolu, ne serait-il pas mis en place pour épauler les Tunisiens dans leur combat pour la démocratie? Ce pays ne démériterait pas face à un tel engagement. En plus du courage et du pacifisme qu’il a toujours montré, le peuple tunisien est nourri par une très longue histoire où se sont côtoyées depuis l’Antiquité plusieurs cultures, civilisations et influences.

Le silence de certains gouvernements européens face à ce qui se passait en Tunisie, pire, certaines paroles ministérielles françaises sur les manifestations qui s’y déroulaient, ont profondément choqué. Malgré le changement de position et de ton qui est intervenu dans les chancelleries au fur et à mesure que la volonté populaire devenait claire et s’affirmait, les Tunisiens ont eu l’impression que certains Européens ne souhaitaient pas leur reconnaître la même maturité citoyenne et démocratique qu’à d’autres. Ils ont eu le sentiment qu’on voulait les enfermer dans une image réductrice sans lien avec leur réalité. La Tunisie est, en effet, plurielle, et toutes les opinions et croyances y trouvent leur place. C’est une société arabe et musulmane largement sécularisée, où l’idée de citoyenneté est profondément enracinée et où l’égalité des droits entre hommes et femmes est assurée dans les institutions et dans les faits. Les femmes tunisiennes jouissent de tous les droits, notamment du droit de vote, depuis 1956. Ce qui manquait jusqu’ici, c’était la possibilité d’une expression légitime et libre dans l’espace public. Gardons-nous alors d’enfermer les Tunisiens dans le spectre de l’«islamisme», voire dans l’«infamie islamiste» qui pèse sur toutes les tentatives d’émancipation de cette région du
monde. Un tel discours n’a eu pour effet jusqu’ici que de geler la situation en favorisant les régimes autoritaires arabes. Ces dictatures sont les ennemis de leur peuple, mais elles sont également les ennemis d’une Europe démocratique et ouverte sur son espace sud.

Ne l’oublions pas, la Tunisie, tout comme d’ailleurs l’Algérie et le Maroc, sont l’Occident du monde arabe (Maghreb en arabe). Ils font partie aussi bien du monde arabe que du monde européen. Accepter une telle idée contribuerait à une meilleure intelligence des deux côtés de la Méditerranée, réduirait les tensions, puisque c’est dans un cadre désormais libre, responsable et digne que tous les problèmes seraient débattus. Les Tunisiens, et plus généralement les Maghrébins, partagent plusieurs qualités avec l’Europe: une langue, le français, un même passé et une même archéologie, une histoire contemporaine intimement imbriquée, un espace économique qui deviendrait plus dynamique encore avec l’ouverture démocratique, une jeunesse éduquée et ouverte, des expressions culturelles riches et diversifiées (festivals de musique, de cinéma et de théâtre, littérature, recherche scientifique, expressions artistiques et muséographiques). Si la «Révolution du jasmin» devait échouer, ce serait un drame pour le peuple tunisien mais aussi pour l’Europe.

Mondher Kilani

Article paru dans Le Temps, le 14 Janvier 2010

 

Confrontations sur les frontières

La guerre commence souvent par un franchissement violent de frontière pour occuper un territoire, soumettre ses habitants, renverser un régime, s’accaparer des ressources. Aujourd’hui, on déclare volontiers les frontières dépassées par la post-modernité, les marchés et la mondialisation. Qu’en est-il vraiment ?

La revue médium, dont Régis Debray est le directeur, vient de publier un numéro double 24/25 (430 pages) « Frontières » qui tente de répondre à ces questions et à bien d’autres encore. L’essentiel des textes publiés est issu d’un séminaire de réflexion d’une semaine à la Fondation des Treilles auquel participaient des universitaires et chercheurs de différentes disciplines. En « ouverture », Michel Melot et Régis Debray affichent l’intention du projet. « Nous vivons un formidable paradoxe. Pendant que l’hypersphère nous transporte à travers le monde comme sur un tapis volant et que le rêve de vivre sans frontière semble prendre forme sur nos écrans banalisés, jamais on n’aura construit autant de murailles géantes entre deux déserts, bouclé autant de ghettos, semé autant de mines dans nos champs mitoyens, mené autant de guerres douanières, organisé autant de déportations d’un côté à l’autre d’une ligne dont on ne sait plus qui l’a tracée, mais que l’on renforce avec la même énergie que l’on met à la faire disparaître.»

Un biologiste québécois, un membre de l’Institut et physicien émérite de l’Institut de Physique du Globe de Paris, plusieurs philosophes, une spécialiste des sciences de l’information et de la communication, un praticien de la finance, un économiste, un géographe spécialiste des frontières, un politologue spécialiste de communication, un médecin, ancien fondateur d’une ONG connue et critique de l’ingérence humanitaire apportent leur éclairage respectif.

Il en ressort que les frontières existent, voire se durcissent parfois, mais qu’elles sont fréquemment floues, poreuses, imparfaitement linéaires. La frontière, jadis tranchée, entre le minéral et le vivant, est devenue plus floue. « Entre guerre comme flux et guerre pour le territoire symbolique, il se pourrait bien qu’il nous faille revenir à la notion de frontière à la fois comme convention et comme protection », écrit un auteur.

Gabriel Galice, vice-président du GIPRI, qui publia des études sur les frontières économiques et politiques, en partenariat avec le professeur Claude Raffestin, ancien chef de département de géographie de l’université de Genève, prit part à ce séminaire.
Son article « Berlin – Genève » est sous Etudes et dossiers « Berlin – Genève » dans le site.

Les illustrations d’Ernest Pignon-Ernest, peintre célèbre qui colle ses installations dans les paysages urbains, de Ramallah à Durban en passant par Naples, Brest et Alger, viennent rehausser les textes, dessins, schémas et photos, faisant de ce cahier instructif  un bel objet.

http://www.mediologie.org

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